ECONOMIE




Par Messan Gabi - 05/06/2026
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Interview : « Le cadre de Lomé redéfinit le rôle des PDB africaines » – Ngo Bakang Anny Caroll

La transformation des banques publiques de développement (PDB) en Afrique, cette interview avec la Secrétaire générale de l’AFRACA, Ngo Bakang Anny Caroll, revient en profondeur sur les principales orientations stratégiques discutées lors des plénières et ateliers techniques. À travers une série de questions ciblées, elle éclaire les ambitions du nouveau cadre de Lomé en matière de correction des défaillances de marché, de renforcement de la gouvernance des PDB et d’élargissement de l’accès au financement pour les petits exploitants agricoles.


L’entretien aborde également les enjeux transversaux qui structurent désormais l’agenda des institutions de financement du développement : gestion du risque et financement mixte, inclusion des femmes et des jeunes, intégration des outils numériques et de l’intelligence artificielle, ainsi que mobilisation des financements concessionnels internationaux. Il met enfin en perspective les tensions entre impératifs de développement, contraintes de soutenabilité de la dette et exigences de transformation systémique des économies agricoles africaines.
Lire l’intégralité de l’interview
1. Lors de la plénière 1, Johannes Edoh a dressé le bilan du financement agricole des PDB africaines. Étant donné que les banques commerciales ne fournissent que 4 % du financement des petits exploitants, comment le nouveau cadre de Lomé modifie-t-il explicitement les protocoles de pondération des risques des PDB afin qu'elles ne reproduisent pas l'aversion au risque du secteur commercial?


Réponse : Les PDB ont pour mandat fondamental de corriger les défaillances du marché en accordant des crédits là où les banques commerciales se retirent.1 Le cadre de Lomé reconnaît cette lacune structurelle et utilise les résultats des diagnostics pour imposer une gouvernance interne robuste, permettant aux PDB de maintenir leur résilience financière tout en déployant des capitaux vers des segments agroalimentaires à haut risque et mal desservis.2
2. Les groupes de travail de la deuxième journée se sont concentrés sur la « Réforme de la gouvernance et la responsabilité ». Puisque les PDB africaines souffrent souvent d'ingérences politiques, la Feuille de route élaborée ici à Lomé impose-t-elle des pare-feux statutaires pour isoler les décisions de crédit des cycles électoraux et du favoritisme politique?
Réponse : Les contraintes de gouvernance sont reconnues comme un obstacle systémique à l'efficacité des PDB dans les notes conceptuelles du forum.1 Pour garantir la durabilité opérationnelle, des institutions (comme le modèle de la Development Bank Ghana) démontrent que les nominations et les décisions de crédit doivent être strictement apolitiques, transparentes et fondées sur les compétences, en évitant activement la culture du favoritisme.
3. Le forum vise à mettre en œuvre la Déclaration conjointe du Sommet Africa Forward de Nairobi. Comment le cadre de Lomé traduit-il mathématiquement ces déclarations macro-politiques sur la réforme de l'architecture financière internationale en une baisse des taux d'intérêt pour les coopératives rurales?
Réponse : Le Sommet Africa Forward s'est explicitement concentré sur la réforme de l'architecture financière internationale. À travers le mouvement FiCS, les PDB africaines plaident pour un accès urgent à des financements concessionnels à l'échelle mondiale, leur permettant de contourner la dette commerciale coûteuse et de répercuter ces faibles coûts sur les initiatives agricoles locales.
4. Lors de la plénière macro-niveau, Peter Gatere a mis en avant l'innovation réglementaire « WE Code » pour débloquer le financement en faveur des femmes. Étant donné que les femmes font face à des contraintes systémiques, comment la nouvelle boîte à outils de Lomé oblige-t-elle les PDB à opérationnaliser ces quotas réglementaires inclusifs?
Réponse : Le plan stratégique de l'AFRACA met l'accent sur le renforcement des capacités et le plaidoyer réglementaire.Les enseignements du « WE Code » sont intégrés dans la boîte à outils pour exiger que les PDB aillent au-delà de la rhétorique en adoptant des quotas de prêt spécifiques et surveillés, tout en réduisant les exigences de garantie qui excluent historiquement les agro-entrepreneuses.


5. Le programme comprend une session sur « l'Intégration de l'intelligence artificielle dans la finance agricole » par IMS Guru. Bien que les outils numériques améliorent l'efficacité, comment l'AFRACA s'assure-t-elle que les PDB n'utilisent pas le profilage de risque algorithmique de l'IA pour exclure davantage les petits exploitants structurellement marginalisés?
Réponse : Bien que l'IA et la finance numérique réduisent les coûts de distribution, l'AFRACA et l'AGRA soutiennent que la technologie n'est qu'un facilitateur. Le cadre politique doit s'assurer que les algorithmes sont calibrés en fonction des mandats de développement, empêchant l'IA de simplement automatiser l'aversion au risque typique des prêteurs commerciaux.
6. La BOAD a consacré une session spécifique à son « Initiative WASOP » ciblant l'économie bleue. Alors que l'AFRACA cherche à harmoniser les politiques, comment le programme durable pour les océans de la BOAD (59 millions d'euros) est-il utilisé comme modèle obligatoire pour d'autres PDB sous-régionales?
Réponse : La présentation par la BOAD du WASOP sert d'étude de cas critique en gouvernance régionale. Soutenue par l'UE, l'approche intégrée de WASOP pour lutter contre la pêche illégale et promouvoir l'économie bleue sert de modèle aux PDB visant à financer la résilience des écosystèmes transfrontaliers.
7. La formation technique utilise un jeu de rôle « Cellule de crise » impliquant des chocs sévères sur les systèmes alimentaires. En réalité, quels mécanismes spécifiques de liquidité d'urgence ou de financement mixte l'AFRACA a-t-elle obtenus pour empêcher les PDBde faire défaut face à des crises climatiques et monétaires simultanées?


Réponse : Les modules « Cellule de crise » et « War Game des risques » simulent un stress extrême. Pour atténuer les défauts dans le monde réel, l'AFRACA forme les dirigeants à déployer des instruments de financement mixte avancés et à accéder au capital concessionnel mondial, permettant aux PDB de protéger et de restructurer les portefeuilles vulnérables sans s'effondrer.
8. En utilisant le « Modèle de l'Iceberg » lors de la formation pour cartographier les défaillances structurelles telles que les pertes post-récolte, comment amenez-vous les agents de crédit des PDB à cesser de réagir aux symptômes de surface pour financer activement les leviers systémiques sous-jacents?
Réponse : La pédagogie de « l'Iceberg » oblige spécifiquement les cadres à regarder sous les événements de surface pour identifier les modèles et les structures.En comprenant les causes profondes des défaillances, les agents apprennent à orienter le capital vers des interventions à fort effet de levier (comme la chaîne du froid) plutôt que de financer perpétuellement des prêts à court terme.
9. La formation différencie explicitement le financement des systèmes alimentaires des prêts traditionnels par « 5 impératifs fondamentaux ». Auquel de ces impératifs les PDB africaines échouent-elles le plus profondément aujourd'hui, et comment la nouvelle architecture corrige-t-elle cela?
Réponse : La formation cartographie les « 5 impératifs fondamentaux » pour établir une approche écosystémique. Historiquement, les PDB africaines échouent à financer les infrastructures publiques systémiques et à se coordonner avec les écosystèmes financiers locaux. La nouvelle architecture utilise le financement mixte pour réduire les risques de ces impératifs à long terme.
10. Lors de l'atelier ludique « Instrument Matchmaker », les cadres évaluent les prêts liés à la durabilité (SLL) et l'intégration ESG. Dans quelle mesure ces instruments complexes peuvent-ils être déployés par des PDB sous-régionales souffrant déjà d'une grave sous-capitalisation?
Réponse : Bien que complexes, les SLL et l'intégration ESG ne sont plus facultatifs ; ils sont requis pour débloquer le capital climatique international. Le « Matchmaker » dote les PDB sous-capitalisées de la logique de structuration exacte nécessaire pour attirer des co-investisseurs multilatéraux, utilisant ainsi la conformité ESG comme un outil de recapitalisation.
11. Concernant le Mécanisme d'accélération des politiques et du plaidoyer (AFPAF) : quels sont les obstacles réglementaires quantifiables spécifiques que ce mécanisme doit démanteler d'ici fin 2026 pour prouver que la synergie entre l'AFRACA et l'AGRA est fonctionnelle?
Réponse : L'AFPAF exploite le réseau de l'AFRACA et le capital de l'AGRA pour aligner les politiques nationales sur le Plan d'action du PDDAA de l'UA.D'ici fin 2026, il doit réduire de manière démontrable les frictions commerciales transfrontalières et harmoniser les politiques micro-réglementaires qui empêchent actuellement le capital catalytique d'affluer vers les projets phares régionaux.
12. Des coalitions de la société civile, notamment Eurodad et Forus, critiquent vivement les Déclarations conjointes des PDB pour leur recours à des mécanismes créateurs de dettes. Comment l'AFRACA répond-elle à l'accusation selon laquelle les PDB aggravent la détresse de la dette souveraine sous couvert de l'agenda « Finance en commun »?


Réponse : La société civile met en garde à juste titre contre les mécanismes de financement mixte créateurs de dettes. L'AFRACA reconnaît ces critiques en soulignant que la feuille de route de Lomé doit privilégier les subventions, les prêts hautement concessionnels et de véritables PPP de partage des risques qui protègent les bilans souverains tout en faisant progresser la résilience agricole.

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