ECONOMIE




Par Messan Gabi - 31/01/2026
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Interview exclusive de Ange Kossivi KETOR, Directeur exécutif de l'APSFD : « Un crédit mal utilisé devient une source de difficultés »

Dans un contexte marqué par une forte demande de crédits et des difficultés récurrentes de remboursement, Ange Kossivi KETOR, directeur exécutif de l’Association professionnelle des systèmes financiers décentralisés (APSFD), livre dans cet entretien exclusif accordé à Le Reflet d’Afrique une lecture pédagogique des règles du crédit, du rôle des institutions de microfinance et de l’importance de la discipline financière. Il appelle les populations à plus de rigueur dans la gestion des revenus, à une meilleure compréhension des mécanismes de l’assurance-crédit et à une utilisation responsable des prêts comme levier de développement économique.


Le Reflet d’Afrique : Bonjour Monsieur le Directeur. Pouvez-vous vous présenter et rappeler le rôle de l’APSFD ?
Ange Kossivi KETOR : Bonjour. Je suis Ange Kossivi KETOR, le directeur exécutif de l’Association professionnelle des systèmes financiers décentralisés, l’APSFD, qui représente l’ensemble des institutions de microfinance au Togo. La loi, notamment à travers les articles 23 et 24, impose à toute institution agréée d’adhérer à l’association professionnelle dans un délai de quatre-vingt-dix jours. Passé ce délai, toute institution qui n’est pas membre se trouve en situation d’irrégularité vis-à-vis de la loi.

Le Reflet d’Afrique : Beaucoup de citoyens souhaitent accéder au crédit en ce début d’année. Qui peut réellement obtenir un prêt ?
Ange Kossivi KETOR : En principe, toute personne peut bénéficier d’un crédit, à condition de respecter certaines règles fondamentales. Il faut être majeur et ouvrir un compte dans une institution financière. La majorité des institutions de microfinance fonctionnant sous forme de mutuelles, il est indispensable d’en devenir membre avant de solliciter un crédit. Après l’ouverture du compte, une période probatoire est observée afin d’évaluer la capacité d’épargne et la discipline financière du client. Cette phase peut durer un mois, trois mois ou davantage. Mais au-delà de ces aspects, l’élément central reste l’existence d’une activité génératrice de revenus. C’est cette activité qui permet de rembourser le crédit. Sans source de revenus stable, il est risqué, voire dangereux, de s’endetter.

Le Reflet d’Afrique : Quelles sont les exigences liées à cette activité économique ?
Ange Kossivi KETOR : Avant d’accorder un crédit, l’institution analyse l’activité exercée, le chiffre d’affaires, les charges et la capacité réelle de remboursement. Lorsqu’un montant important est demandé, des garanties ou une caution peuvent être exigées. Le problème, c’est que beaucoup de personnes sollicitent un crédit sans préparation, simplement parce que d’autres l’ont fait avant elles. Cette démarche conduit souvent à des difficultés de remboursement.

Le Reflet d’Afrique : Justement, la question de la caution suscite beaucoup de confusion. Pouvez-vous nous éclairer ?
Ange Kossivi KETOR : La caution n’est pas un simple témoin. Elle remplace le débiteur en cas de défaillance. Si la personne cautionnée ne rembourse pas, la caution est tenue de payer à sa place. C’est pourquoi il est indispensable de bien connaître la personne que l’on cautionne, de comprendre son activité et de maîtriser les conditions du crédit. On ne s’engage pas comme caution à la légère, surtout lorsqu’il s’agit de montants élevés.

Le Reflet d’Afrique : Que se passe-t-il en cas de maladie ou de décès du bénéficiaire du crédit ?
Ange Kossivi KETOR : Dans le fonctionnement normal du crédit, une assurance est prévue. Lorsque le crédit est assuré et que le bénéficiaire décède, l’assurance prend en charge le montant restant dû, ce qui protège la caution. En revanche, si le crédit n’est pas assuré, la responsabilité peut incomber à la caution ou être partiellement couverte par les dépôts existants sur le compte du client. Il est donc essentiel de s’informer, au moment de la demande de crédit, sur les garanties offertes par l’assurance, qu’il s’agisse du décès, de l’invalidité, de la maladie ou de l’incapacité de travail. Trop souvent, la précipitation empêche les clients de poser les bonnes questions.

Le Reflet d’Afrique : On observe aussi des cas de mauvaise utilisation du crédit. Comment l’expliquez-vous ?
Ange Kossivi KETOR : Le détournement de l’objet du crédit est un problème récurrent. Certains prennent un crédit destiné à une activité économique et l’utilisent pour des fêtes, des mariages, des dépenses de consommation ou des achats non productifs. Dans ces conditions, le crédit perd son utilité et devient une source de surendettement. Un crédit doit impérativement servir à renforcer l’activité qui génère les revenus nécessaires à son remboursement.

Le Reflet d’Afrique : Quel message adressez-vous à la population concernant la gestion financière ?
Ange Kossivi KETOR : Le message principal est celui de la discipline financière. Il est important d’établir un budget familial qui met en adéquation les revenus et les dépenses. Les dépenses essentielles doivent être clairement identifiées, notamment le logement, la nourriture, la santé et l’habillement. À partir des revenus, qu’ils soient issus du secteur formel ou informel, il faut prévoir non seulement les dépenses courantes, mais aussi les imprévus et l’épargne. L’argent n’a jamais suffi, à aucune époque, mais ce qui compte, c’est la discipline que l’on s’impose. Même une épargne modeste, régulière, constitue un pas important.

Le Reflet d’Afrique : Qu’est-ce qui freine le plus l’épargne selon vous ?
Ange Kossivi KETOR : Ce sont principalement les dépenses frivoles et non prioritaires, comme les excès de consommation, les fêtes répétées ou les funérailles excessivement coûteuses. Si l’on en a les moyens, cela peut se justifier, mais dans le cas contraire, il faut savoir faire des choix. Le développement personnel et collectif passe par la rigueur et la vision à long terme.

Le Reflet d’Afrique : Votre mot de la fin pour les personnes qui envisagent de prendre un crédit cette année ?
Ange Kossivi KETOR : Je les encourage à la responsabilité, à la réflexion et à la discipline. Avant de prendre un crédit, il faut bien comprendre les conditions, s’assurer que le crédit est couvert, disposer d’une activité viable et respecter strictement l’objet du prêt. C’est à ce prix que le crédit devient un véritable levier de développement et non une source de difficultés.
Interview réalisée par Gabi MESSAN 

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